retour à la salle de presseCommuniqué de presse
2012-01-18
Julien Sauvage aux JO 2012 en Arena
Il est le premier nageur français sélectionné aux JO de Londres. Sa discipline ? L’eau libre, une épreuve de longue distance qui se déroule en milieu naturel. Pour se donner toutes les chances de se hisser sur le podium aux Jeux Olympiques, le Toulousain vient de rejoindre le team Arena. Ce beau gars, blond, aux yeux bleus a aussi une tête bien faite, puisqu’il est ingénieur en génie des procédés et environnement. Il décrypte sa discipline hors normes avec une aisance qui tient la distance.
L'eau libre, un sport d'endurance ?
Julien Sauvage : C'est la principale définition de l'eau libre puisque lors des gros championnats (du Monde et Europe) les distances sont de 5, 10 et 25km (pour les JO uniquement le 10km). Les durées d'effort sont d'environ 1h pour le 5km, 2h pour le 10km et plus de 5h pour le 25km. L'autre principale caractéristique de l'eau libre est le fait que ce soit en milieu naturel (lac, mer, rivière...)
L'eau libre, un sport de contact, de combat ?
JS : L'eau libre n'est pas un sport de combat, plutôt de contact. C'est vrai, on nage en peloton (parfois il y a plus de 80 nageurs), ce qui implique forcément de prendre des coups, la plupart du temps involontaires. Ces coups sont dûs au fait que l'on nage de façon très rapprochée les uns des autres. Lors des fins de courses, avec la fatigue, nous manquons de lucidité. La technique de nage est souvent moins bonne et on a tendance à se nager les uns sur les autres et mettre (prendre) des coups. Cependant certains nageurs donnent des coups volontaires. Dans ces cas-là, la solution est de râler auprès du directeur de course pour qu'ils prennent un carton jaune ou rouge. L'autre solution est de changer de place dans le peloton ou de montrer que l'on n'a pas peur (en rendant les coups).
L'eau libre, une discipline de sprint ?
JS : Le sprint est un élément clé de la performance. En plus d'être endurant, il faut être un bon sprinter. En effet lors des courses « courtes » de 5 et 10 km, la victoire se joue dans les derniers hectomètres de la course. Il faut être rapide mais aussi savoir se placer. Car le phénomène d'aspiration est très important dans l'eau : un nageur qui vous suit ou qui se trouve au niveau de votre hanche va aussi vite que vous mais il force beaucoup moins. Si on n'est pas endurant, on ne peut pas suivre les meilleurs. Et si on n'est pas bon sprinteur, on ne peut pas gagner. L'eau libre ressemble aux étapes du Tour de France. Je dirais que le 5km se rapproche d'une étape de sprint, le 10km d'une étape de plaine avec une arrivée en montagne et le 25km à une étape de montagne.
L'eau libre, un sport solitaire ?
JS : La natation est un sport individuel, l'eau libre en est donc un. Cependant sans tous mes équipiers (en club comme en équipe de France) je ne serais rien. Si j'étais tout le temps tout seul, je ne pourrais pas progresser. Chaque jour on me pousse à donner le meilleur de moi-même et à repousser mes limites.
L'eau libre, un sport solidaire ?
JS : C'est vrai ! Tout le monde s'entraide pour ne pas lâcher. Ce sport demande tellement d'entraînement qu'il est essentiel de se soutenir. Quand un membre de l'équipe de France se rate, c'est toute l'équipe qui est triste. En effet nous sommes environ 10, c'est donc une petite équipe (contrairement à la natation course qui a une grosse délégation avec plus de 30 nageurs). On est donc très soudés. Pendant les courses (du moins dans la première partie), quand je vois un autre nageur de l'équipe, je lui fais un coucou ou alors on se fait une petite blague histoire de se détendre un peu.
L'eau libre, du tourisme, de l'outdoor ?
JS : Comme l'eau libre se pratique en milieu naturel, c'est un sport outdoor. Les conditions climatiques entrent donc en jeu. Selon la localisation de l'épreuve, l'eau peut être chaude ou non. On doit gérer le courant, les vagues... Lors d'une compétition, il m'est arrivé de devoir traverser des bancs de méduses. Ce n'est pas un moment agréable, mais quand on est dans la course on n'y pense pas. Lors d'une Coupe du Monde en Argentine, une otarie est venue à quelques mètres de nous pour jouer. Mais aucun nageur ne l'a aperçue sur le moment. C'est en voyant les photos que l'on s'en est rendu compte. Par contre ce n'est pas du tourisme. Bien que nous voyagions beaucoup, pour les compétitions et les stages, nous n'avons jamais le temps de visiter. J'ai fait 3 coupes du Monde à Dubaï mais je n'ai jamais vu son centre-ville !
L'eau libre, un marathon ?
JS : Les meilleurs marathoniens courent aux alentours de 2h les 42km. Cette course se réalise aussi en milieu urbain et non sur une piste d'athlétisme (sauf pour l'arrivée), c'est une course avec des dizaines de participants (pour les grands championnats). Donc on peut rapprocher l'eau libre au marathon. Par contre les nageurs de 25km passent plus de 5h dans l'eau ! C'est donc bien plus qu'un marathon.
Quelle est votre principale crainte en course ?
JS : Ce que je crains le plus c'est l'eau froide (en dessous de 21°C). Je ne suis pas du tout à l'aise dans l'eau froide. Je suis l'un des nageurs qui a le moins de matière grasse, je suis donc très sensible aux températures basses. Les « anciens » de l'eau libre (Stéphane Gomez, Gilles Rondy) m'avaient d'ailleurs surnommé « Mister Freeze » car dès que l'eau était fraîche, je tremblais comme une feuille. J'ai d'ailleurs abandonné plusieurs courses pour cause d'hypothermie.
Eau libre, côté équipement
Quel rôle joue l'équipement dans cette discipline ?
JS : Depuis 2010, l'équipement d'eau libre est différent de celui de natation course. En natation course, seuls les jammers (cyclistes) sont autorisés. En eau libre nous avons le droit de porter des combinaisons allant des chevilles jusqu'aux épaules. En revanche, les matières sont identiques à celles de natation course. Cela a été décidé pour protéger les nageurs d'eau libre contre les méduses et le froid. Lorsque l'eau est froide, nous mettons de la graisse à traire sur nous. Les combis permettent donc à la graisse de rester plus longtemps au contact de la peau. Elles permettent aussi de ressentir une meilleure glisse, ce qui nous rend plus serein surtout lorsque l'on commence à avoir mal partout ! Un autre équipement important en eau libre, ce sont les lunettes. Il est important d'avoir une bonne vision pour se repérer plus facilement dans l'espace. Lorsque l'on est au niveau de l'eau, il est très difficile de voir la bouée où l'on doit aller c'est pourquoi j'utilise à chaque fois une nouvelle paire de lunettes afin que les verres soient propres et qu'il n'y ait pas de buée. Il faut aussi que les lunettes soient souples car lorsque nous nageons en peloton, nous pouvons prendre des coups et cela peut nous blesser (coupure...) ou alors on peut les perdre ! Perdre ces lunettes dans le dernier kilomètre et la course est terminée.
Pourquoi avoir changé d'équipementier juste avant les JO ?
JS: Lors des Championnats du Monde à Shanghai où je me suis qualifié aux JO, j'ai nagé en combi Arena car celle de mon équipementier d'alors n'était pas homologuée. Et je me suis de suite senti à l'aise. C'est donc tout naturellement que je me suis tourné vers Arena pour préparer les JO.




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