retour à la salle de presseCommuniqué de presse
2011-04-05
Interview avec Alain Bernard aujourd’hui dans Le Monde : « A chaque sortie, je me sens épié »
Aujourd'hui dans Le Monde, Alain Bernard se confie sans détour sur sa vie d'athlète de haut niveau, le monde de la natation, et son avenir. Il revient, en toute franchise, sur sa non qualification sur 100m NL pour les Mondiaux de Shanghaï en juillet prochain. Le champion explique aussi sa difficulté à gérer la pression sportive et médiatique.
Entretien réalisé par Simon Roger - Le Monde - 5 avril 2011
Sélectionné à l'issue des championnats de France qualificatifs pour les Mondiaux de Shanghai pour le 50 rn et le relais 4 x 100 rn - maîs pas sur le 100 m, dont il est le champion olympique en titre -, Alain Bernard s'est accordé une journée de répit, vendredi 1er avril. Le nageur d'Antibes - passionné d'aéronautique - apportait son soutien à la patrouille de France, qui scellait, ce jour-là, un partenariat avec la Fondation Thierry Latran (qui finance la recherche contre la sclérose latérale amyotrophique). Le champion est revenu sur sa difficulté à gérer la pression sportive et médiatique.
Le 25 mars, vous n'avez réalisé que le 4'temps en finale du 100m NL des championnats de France, ce qui vous prive d'une qualification pour cette épreuve aux Mondiaux de Shanghai' (24-31 juillet). Comment analysez-vous cet échec ?
C'est une déception. Physiquement j'étais bien préparé. Je ne sais pas s'il faut mettre ça sur le compte du stress ou sur le niveau très relevé de cette course. Sur cette finale, nous étions cinq nageurs à avoir réalisé les meilleures performances mondiales de l'année.
Est-ce une critique du système de sélection qui impose d'être aux deux premières places pour gagner son ticket pour la Chine ?
Non, le système de sélection est ainsi fait, je m'y plie. Mais je garde un gros sentiment d'amertume car je pouvais nager bien plus vite. D'ici a Shanghai, je vais éviter les meetings inutiles où je me sens oblige de faire une perf Je n'en ai plus envie ni besoin. Le cycle d'entraînement est suffisamment intense (près de 60 km de natation et trois séances de musculation par semaine). Depuis septembre, j'ai eu trois week-ends pour profiter de ma famille et de mes amis.
A l'issue de la finale du 100 m, vous avez déclaré : « En moi, c'est mal rangé, c'est le bordel depuis deux, trois ans. »
C'est le bordel en moi en raison du décalage que je ressens entre l'intention et la réalisation du mouvement. Mes dernières années ont été bouleversées par la notoriété que m'ont apportée, en 2008, les Jeux de Pekin. A chaque sortie, je me sens épié. Je n'arrive pas toujours à canaliser cette pression. Mon préparateur mental, Richard Ouvrard, m'a beaucoup aidé depuis l'an demier.
De jeunes talents comme Agnel ou Lacourt menacent-ils votre leadership en équipe de France ?
Cela fait énormément de bien que les caméras se braquent sur eux. Je n'ai jamais eu le sentiment d'être le leader de l'équipe de France. Un leader, c'est quelqu'un qui trouve les mots pour motiver un groupe. Je tiens ce rôle avec mon club maîs pas en équipe de France.
Etes-vous impressionné par Yannick Agnel, champion d'Europe du 400m NL à 18ans ?
Yannick a éclos très tôt J'ai connu ma première participation en équipe de France en grand bain en 2006, à 23 ans Je suis impressionne quand je vois son parcours. Mais il n'est ni champion du mon de ni champion olympique C'est tout ce que je lui souhaite
Comprenez-vous les propos de Frederick Bousquet menaçant ne pas participer aux Mondiaux si la Fédération française (FFN) refusait la présence de son entraîneur à ses côtés?
Je peux comprendre que Fred ait envie de faire bouger les choses. On s'entraîne toute l'année avec le même entraîneur, cette relation est en général très forte. Si on partait un mois en stage de préparation, il pourrait ressentir un manque, mais là, il s'agit d'une semaine avant le début de la compétition.
Fred a pris les choses à l'envers. Avant d'en parler à la presse, il aurait du en parler a l'encadrement des Bleus
Les relations ont souvent été houleuses entre la FFN et lui. En 2010, il avait été suspendu deux mois à la suite d'un contrôle positif à l'heptaminol, un stimulant.
Dans cette affaire, je croîs qu'il y a une erreur de produit, et que Fred ne l'a pas fait à des fins dopantes. Les nageurs sont contrôles de manière inopinée pendant les meetings. J'ai garde toutes mes feuilles de contrôle depuis trois ans, j'en ai près de 40 Je dois remplir un calendrier permettant de me localiser, tous les jours. Si cela permet d'épingler pour de bon les mecs chargés, tant mieux.
Le haut niveau n'est-il qu'une somme de contraintes ?
Le sport de haut niveau, c'est pénible tout le temps, sauf les jours où on est bien et où on se fait plaisir !
Au jour le jour, ce n'est pas rigolo.
Seul un titre mondial manque à votre palmarès. Est-ce votre prochain objectif ?
Cela peut paraître bizarre, mais je ne cours pas après un titre mondial. Le titre aux JO de 2008 est
quelque chose d'énorme, jamais je n'aurais imaginé y arriver Je poursuis une quête personnelle
La notoriété est-elle un atout ou un handicap ?
Les gens me disent bravo, bon courage, on est avec vous. Ca me va droit au coeur, mais je le prends trop à coeur, d'où un sentiment de devoir combler une attente J'essaye d'être discret. Avec Coralie [Coralie Balmy, spécialiste du 4 x 200 m], on essaie de préserver notre vie privée, on ne s'affiche pas à la « une » des magazines Si certains ont besoin de cette notoriété pour sentir qu'ils existent, qu'ils en profitent !
Vous faites pourtant fructifier votre image en participant à des campagnes de pub pour EDF, Arena ou April Assurances.
J'essaye de faire les choses intelligemment. Je suis propriétaire d'un appartement, je paye mes impôts et je préfère en payer que de ne pas être imposable ! Mon plus gros caprice est une moto. Avec ces contrats, je touche de l'ordre de 250 000 euros par an, c'est moins qu'une star du football, mais ça reste extraordinaire.
Pensez-vous d'ores et déjà à l'après-natation ?
J'y pense, bien sûr. J'ai une passion pour l'aéronautique, j'hésite vraiment a m'y lancer J'ai envie de profiter à fond de l'année et demie qui me reste à nager avant les Jeux de Londres.
Cela signifie-t-il que vous arrêterez après les Jeux de 2012 ?
C'est quasiment sûr. Après les Jeux de Londres, peut être que je m'accorderai du temps pour faire quelques meetings. Mais je ne trouverai pas la force de m'investir autant qu'aujourd'hui.




Mode et accessoires
Athlètes Arena & événements