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Communiqué de presse

2010-08-12

Denis Auguin : un entraîneur est une régulateur d’émotions

Aux championnats d’Europe de 2006, les résultats étaient concentrés sur peu d’athlètes et peu d’entraîneurs. Cette année davantage d’athlètes, de spécialités et d’entraîneurs sont concernés. Il existe un savoir-faire français côté entraînement ?

Denis Auguin : c’est vrai ces premiers résultats mobilisent toute l’équipe de France, car plus d’entraîneurs sont concernés, davantage de nageurs sont sélectionnés. Il n’existe pas à proprement parler de savoir-faire mais plutôt d’un tronc commun. Pendant longtemps on a dit des Français « ils nagent bien, mais ils ne nagent pas vite. C’est esthétique mais pas efficace ». On voit bien qu’avec la fin des combinaisons la vraie natation est au cœur de la quête de performance. Cela explique en partie le renouveau de la natation française. On observe une vraie montée en puissance même s’il faut rester humble car ce ne sont que des championnats d’Europe. Notre tronc commun c’est notre modèle technique. Il tient en quelques mots : freiner le moins possible, offrir le moins de résistance possible à l’avancement. Les résistances sont énormes dans l’eau et plus on va vite et plus les résistances sont élevées. Autrement dit, il faut réduire les résistances et être le plus efficace possible par action motrice. On revient à des choses très simples à dire mais extrêmement compliquées à mettre en place. C’est l’essence même de notre métier d’entraîneur. On disait aussi que les nageurs français avaient de difficultés dans les parties sous-marines. Là encore on s’aperçoit que les combinaisons jouaient un grand rôle. L’arrêt des combinaisons redonne une prédominance à l’efficacité de nage et à la technique ce qui fait qu’on revient aux fondamentaux de la natation. On revient à des choses plus compliquées à faire à l’entraînement, techniquement et au niveau physiologique. On redouble d’efforts et d’intelligence à l’entraînement. C’est une nouvelle source de motivation.

Fabrice Pellerin est votre ami d’enfance. Qu’avez-vous partagé après le sacre d’Agnel

Pas grand chose, je suis allé le féliciter bien sûr. Mais il y avait beaucoup trop de monde et d’agitation. En revanche, je me souviens que le soir de clôture des championnats de France en 2006, la FFN avait réuni tous les entraîneurs dont les athlètes étaient sélectionnés. Fabrice et moi nous sommes retrouvés là, 25 ans après quand nous étions nageurs dans le même club. C’était rigolo. Lui vivait sa première sélection en équipe de France avec Camille Muffat et moi la première aussi avec Alain Bernard.

Pendant de tels Championnats vous échangez entre entraîneurs ?

Non on n’a pas le temps. Chacun est dans son truc. D’ailleurs pendant les Championnats on ne voit pas beaucoup. On apprend les résultats par le speaker car pendant les courses on continue d’entraîner, on prépare nos athlètes. C’est assez frustrant mais c’est comme ça.

Vous êtes d’un naturel assez anxieux. Comment gérez-vous les grands rendez-vous comme des Championnats d’Europe ?

Il faut savoir quel rôle on joue dans de tels moments et se positionner. Nous sommes des régulateurs d’émotions. On doit être capable de calmer les euphories inutiles, de remobiliser un athlète qui doute, d’apaiser les déceptions. Un athlète vit des moments d’émotions très fluctuants pendant une compétition que ça marche ou pas. Il faut être attentif, tempérer, calmer, sentir et les aider à se recentrer sur l’essentiel : comment s’y prendre pour nager vite.

Justement comment avez-vous géré l’après-relais avec Alain ?

Dans un premier temps je l’ai laissé récupérer. Le soir on a visionné ensemble la vidéo de la course. On a eu un échange sur le plan technique. Comme tous les athlètes dans de telles situations, Alain n’était pas très bavard. Je l’ai laissé tranquille. Hier soir (mardi), on a bien discuté sur les modifications techniques à apporter. Bien sûr on parle natation mais aussi d’humain. Il s’est bien entraîné. Il est en forme. Il a retrouvé la confiance et de la sérénité dans sa nage. Un athlète c’est quelqu’un d’une grande sensibilité. Dès les quatre premiers mouvements, il sait si cela va bien se passer ou pas. Il a le temps de cogiter. En moins de dix secondes, il peut subir une perte de confiance et se dérégler et l’inverse est vrai aussi.

Boris Steimetz partage la chambre d’Alain. Lui aussi contribue au bien-être d’Alain ?

Oui, il existe une vraie solidarité entre ces deux hommes. Ils sont très proches. L’un comme l’autre est capable de débarquer chez l’autre pour le secouer.



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