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Communiqué de presse

2010-06-10

Camille Lacourt, tombeur d’Aaron Peirsol, veut décrocher le monde

Des jambes interminables, un corps longiligne, des yeux bleus rieurs, des mèches blondes et rebelles qui entourent un sourire généreux, Camille Lacourt a tout pour faire craquer les filles. Depuis samedi dernier, le nageur de Marseille est d’abord celui qui a fait tomber Aaron Peirsol, l’Américain champion du monde, champion olympique du 100 m dos… Son idole! Il y a à peine dix jours il nous avait confié : « LA référence c’est Aaron Peirsol, évidemment ! Il domine le dos mondial depuis plus de dix ans. C’est impressionnant, il a mon âge et plus jeune je le regardais à la télé battre tout le monde. Il est toujours au haut niveau actuellement. Il est comme un poisson dans l’eau en dos. Je m’entraîne pour le battre aujourd’hui. C’est un bel objectif d’essayer de le battre … ». Pour autant, Camille reste sur terre. Rencontre avec un nageur dont le déclic s’est produit pendant les Championnats du monde de Rome. Depuis il travaille à prendre la place de son idole sans que ses chevilles enflent… Prochaines étapes, Canet-en-Roussillon ce week-end, avant l’Open EDF de Paris le dernier week-end de juin. Découverte d’une belle personnalité. Entretiens des 8 juin et 28 mai dernier.

Camille Lacourt, il y a 10 jours vous me disiez que votre rêve secret était de battre le dossiste Aaron Piersol, votre idole. C'est fait sur 100m depuis ce week-end à Monaco, ça fait quel effet ?
Camille Lacourt : Cela fait très plaisir, c'est juste quelque chose qui me tenait à cœur. Il est le plus grand dossiste de tous les temps. C'était juste un meeting mais c'est valorisant. Cela me montre que l'on est sur la bonne voie et que l'on travaille toujours bien.

Vous le dépassez en taille de 10 cm. Maintenant vous le surpassez sur sa spécialité qui est le 100m dos où il est double champion olympique et champion du monde, ce sont vos prochains objectifs désormais ?

Oui, l'objectif, c'est de faire pareil que lui, de le battre sur de grandes compétitions internationales. Pour la taille je ne peux pas y faire grand-chose mais si ça peut m'aider à atteindre mes objectifs, tant mieux ! Je ferai tout pour y arriver.

Comment expliquez-vous que vous l'ayez battu sur sa distance ?

J'ai un peu discuté avec lui. Il m'a dit qu'il ne s'entraînait pas beaucoup en ce moment. Je ne sais pas si c'est du bluff ou non. J'étais juste plus en forme que lui à ce moment-là. C'est un point positif, c'est valorisant. Mais je n'oublie que la vraie compétition pour moi ce sont les Championnats d'Europe. J'espère revoir Aaron dans de grandes compétitions comme les Monde ou les Jeux.

Alors quand on gagne si facilement ça fait peur ou ça donne confiance ?

Oui, ça donne de la confiance, même s'il ne faut pas monter sur un petit nuage. Il faut rester concentré sur l'objectif de cet été et continuer à travailler.

Quels sont vos objectifs de cet été pour les Championnats d'Europe de Budapest ?

Ils n'ont pas changé : gagner le 50m et le 100m dos, pareil pour le 4x100m 4 nages. Je vais à Budapest pour gagner et puis si je reviens avec une médaille, je ne serais pas déçu.

Comment a réagi Romain Barnier, votre entraîneur à l'issue de ce 100 m dos?

Il m'a félicité. On est d'accord sur le fait que c'était juste un meeting, ce n'était pas la compétition finale. Il faut rester concentré pour rester fort pendant les Championnats d'Europe.

Alors en même temps, vous sortez d'une grosse période de préparation. Vous n'étiez pas vraiment reposé en arrivant à Monaco ?

Oui j'ai été agréablement surpris de mon état de forme donc j'espère que ça va continuer à monter jusqu'à Paris, puis jusqu'aux Championnats d'Europe. Pour l'instant, tout se passe bien dans la préparation.

Le week-end prochain vous serez à Canet-en-Roussillon, vous savez qui sera présent* ?

Je n'ai pas regardé les engagements, je crois qu'il va y avoir l'Anglais Liam Tancock qui a le meilleur temps mondial de l'année donc, l'objectif est toujours de gagner puis on verra après.

Camille depuis les France vous évoluez avec une grande aisance, une maîtrise de course, sans vous mettre de pression apparente, quel est votre secret ?

Je dirais le travail et l'expérience qui commencent à produire des effets. A force de travailler le 100m avec des gens compétents on devient plus serein. Je commence à savoir comment se nagent les 50m et 100m dos. Tout se passe bien, sans stress. Pour l'instant ce n'est que du plaisir.

Qu'est-ce que ça veut dire « comment ça se nage » ?

C'est-à-dire que je sais le gérer. Avant je partais beaucoup trop vite. Maintenant je sais partir à la bonne vitesse pour pouvoir revenir rapidement dans le deuxième 50m. Je connais mon élément. Je sais comment dompter ce 100m alors qu'au début j'avais un peu de difficulté.

Vous nagez à Marseille et vous êtes spécialiste de dos. Vous êtes qualifié sur 50 et 100m dos pour les prochains Championnats d'Europe à Budapest en août. Où en êtes-vous dans votre préparation ?

Après les France en avril, j'ai eu dix jours de repos. Ensuite on a repris gentiment sans trop nager, mais avec beaucoup de travail « à sec ». Là on est rentré dans une période d'entraînement très difficile, où on nage davantage, avec beaucoup d'intensité et des séances de musculation où on prend beaucoup de poids, où c'est très lourd. On s'entraîne six à sept heures par jour. Mais nous sommes à la fin de cette période. On va commencer à ralentir pour être un peu plus en forme. On repartira sur une grosse phase de travail après l'Open de Paris fin juin pour préparer les Championnats d'Europe en août.

Vous êtes le seul nageur de dos à Marseille?

Non, je m'entraîne avec Jonathan Massacan qui nage pour la Suisse. Il a déjà été finaliste aux Championnats d'Europe il y a quelques années. Son niveau cette année a un peu stagné car il s'est consacré à ses études. Là, il se remet à la natation. Sa présence m'est précieuse car il est spécialiste du 200m dos ce qui m'aide sur les séries qui sont un peu longues et où j'éprouve un peu de difficultés.

Le Cercle des Nageurs de Marseille est surtout réputé pour le sprint avec Bousquet, Gilot, Mallet, Meynard. Vous ne vous sentez pas un peu isolé au milieu de ces patrons de la vitesse?

Non, c'est au contraire positif pour moi. Ils sont des phénomènes de la natation française voire mondiale. Des exemples à suivre. Je pratique une autre spécialité mais ce n'est pas grave. J'essaie de m'accrocher pendant les séries à l'entraînement même s'ils nagent beaucoup plus vite que moi. Un challenge impossible qu'il faut chaque jour essayer de réaliser. Ils sont sympas avec nous, on se taquine. On s'entraîne dans une bonne ambiance.

Vous avez survolé les France en vous qualifiant sur 50 et 100m dos et apparemment sans difficulté. Cela vous a surpris ?

Je savais qu'après les combinaisons en polyuréthanne j'allais être à l'aise car cette technologie ne me favorisait pas. Aux France, je pensais quand même que les autres dossistes allaient faire de grosses performances. C'est vrai que j'ai été un peu plus au-dessus mais ce n'est pas pour ça qu'il faut se reposer sur ses acquis. Ils sont toujours là pour essayer de venir me taquiner donc je continue de travailler. Ces 50 et 100m dos ont été d'agréables surprises.

Vous mesurez 2m pour 85 kg. Vous êtes filiforme. Votre gabarit est-il un avantage en dos ?

Oui je pense. Il me manque un peu de force pour être vraiment performant sur les autres nages, surtout en papillon et en crawl. Le dos c'est une nage où on n'a pas forcément autant besoin de puissance que dans les autres disciplines. Cela m'aide d'avoir le physique approprié à la nage.

Quelles sont justement les qualités d'un bon dossiste ?

Je dirais qu'il faut aller très vite sous l'eau en ondulation. Ensuite, comme dans toutes les nages, il faut être un athlète. Après c'est au feeling, avec l'entraîneur.

Pendant les France, vous avez affirmé que vous vouliez être le patron du dos au niveau mondial. Vous assumez toujours ?

Oui. Cela n'a rien de prétentieux mais c'est vrai que j'ai envie d'être le meilleur dossiste mondial. Je travaille tous les jours, je me lève à 6h du matin pour y parvenir. Après, je n'ai pas envie que cela me monte à la tête. Je m'entraîne pour être à mon meilleur niveau. Et si mon meilleur niveau n'est pas le meilleur niveau mondial, je n'éprouverai aucun regret. Et si ça peut l'être, ce ne sera que du bonheur.

Qu'est-ce qu'il vous manque justement pour être le numéro un mondial?

Il me manque encore de la force. Je ne suis pas au niveau international de ce côté là.

Et vos points forts ?

Les ondulations et la rapidité en nage. Je vais très vite sans trop forcer par rapport à la vitesse que je demande. C'est une qualité que j'ai acquise à l'entraînement. Je continue de travailler là-dessus aujourd'hui.

Vous avez dit aussi que les Championnats du monde de Rome (en 2009) avaient été un déclic pour vous, qu'ils avaient changé votre attitude par rapport au sport de haut niveau, que votre engagement en avait été décuplé...

Oui c'est vrai. Je m'entraînais tous les jours, je me levais déjà à 6 heures du matin, mais ce n'était pas pour le même objectif. J'ai constaté à Rome que je pouvais être dans les meilleurs mondiaux. Cela a transformé mon état d'esprit. Quand on sait que l'on peut faire une médaille aux Championnats du monde, se hisser dans les trois premiers mondiaux, on se prend plus au sérieux, sans faire enfler les chevilles. Cela me donne envie d'arriver au bout de mon potentiel, ce qui change vraiment la motivation, l'état d'esprit et l'attitude.

Et votre entraîneur Romain Barnier l'a remarqué ?

Oui, il l'a remarqué. Dans le comportement, dans l'attitude, tout a changé. J'arrive plus tôt à l'entraînement. Je fais un échauffement à sec plus important, dans les séries je sais pourquoi je suis là... L'année dernière, en séries, il m'arrivait d'être présent sans être là. Je n'avais pas envie de forcer je rigolais plus avec les copains qu'autre chose. Maintenant, quand je suis dans l'eau, j'essaie d'être plus professionnel pour ne rien regretter plus tard.

Vous allez vous concentrer sur les 50 et 100m dos, vous oubliez le 200 ?

Non, car le 50m dos n'est pas aux Jeux. Ce sera donc 100 et 200m dos. Pour l'instant je n'arrive pas à m'exprimer sur 200m dos mais je sais que je vais devoir y arriver pour être le meilleur sur 100m. J'ai envie d'être bon sur ces deux distances, d'être qualifié et d'avoir des médailles aux Jeux sur ces deux épreuves. Je pense aussi au relais 4x100m 4 nages car nager pour la France dans une équipe c'est toujours plus intéressant.

Et pour réussir sur 200m dos, votre problème c'est la force ?

Il y a ce problème de force, oui. Mais je dois aussi travailler le tempo, c'est-à-dire la vitesse à laquelle je tourne les bras. C'est une nage différente du 100m. C'est comme si on comparait en athlétisme le 200 et le 400 m. Peu d'athlètes sont capables de s'aligner sur ces deux distances. En natation, il faut savoir le faire. Il faut travailler. En avril (aux France), je n'ai pas eu la maturité de le faire, mais il va falloir y arriver d'ici les Jeux.

Vous êtes bien entouré ?

J'ai des amis très proches qui se comptent sur les doigts de la main. Mes parents ont toujours été derrière moi aussi. Je les remercie, c'est grâce à eux que j'en suis là maintenant. J'ai des collègues d'entraînement avec qui je m'entends très bien comme William Meynard. C'est quelqu'un qui m'aide beaucoup par sa folie et sa bonne humeur. Le Suisse Jonathan Massacan aussi m'aide beaucoup. Et puis tout le reste du groupe. C'est un apport de bonne humeur et de motivation constant. Fabien Gilot me fait bénéficier de son expérience. Cela fait plaisir de nager avec eux et de se sentir accompagné dans une route qui reste difficile.

Vous vous sentez un athlète épanoui ?

Oui je pense que c'est le cas. Je suis dans un groupe où on a tous le même objectif qui est d'être médaillé olympique. C'est vraiment excellent pour la dynamique du groupe. On a 3 des 4 meilleurs crawlers du monde, on a des brasseurs qui commencent à éclater au niveau français, il y a des étrangers qui arrivent ici pour apporter leur expérience. Ca se passe bien, dans la rigolade mais aussi le travail. Oui je suis vraiment heureux d'être là.


*Les engagements sur 50, 100 et 200 m dos à Canet-en-Roussillon samedi 12 et dimanche 13 juin 2010


50 m dos

- Aspinall Kelly (Canada) 24.41
- Arnamnart (Australie) 24.83
- Lacourt Camille (CN Marseille) 24.87
- Tancock Liam (Loughborough) 25.00


100 m dos

- Vyatchanin Arkady (Russie) 52.57
- Stravius Jérémy (Amiens) 53.16
- Lacourt Camille (CN Marseille) 53.29
- Rogan Marcus (Autriche) 53.33


200 m dos

- Vyatchanin Arkady (Russie) 1:54.75
- Donets Stanislav (Russie) 1:55.25
- Rogan Marcus (Autriche) 1:55.49
- Kawecki Radoslaw (Pologne) 1:55.6 

Entraîneurs : Martinez, Lucas, Barnier, le hasard fait bien les choses
« C'est le hasard qui m'a amené à Font Romeu quand j'étais jeune avec mes parents, raconte Camille Lacourt. Richard Martinez m'a appris à nager. J'ai fait mes premiers pas dans l'eau avec lui à 5 ans. Toute la première partie de ma carrière, je l'ai faite avec lui, jusqu'à 19 ans. J'avais plutôt envie de m'amuser à l'entraînement avec les copains que d'accéder au haut niveau. Lui avait détecté mon potentiel de haut niveau. Il y a eu un petit clash à ce niveau-là. Je suis parti en froid avec Richard. Maintenant ça va beaucoup mieux. Cette semaine, il est en stage actuellement à Marseille, il vient manger à la maison ce soir. Je l'apprécie beaucoup. Je sais que c'est grâce à lui que j'en suis là. Il m'a beaucoup appris, beaucoup apporté. Mais quand j'étais là-haut, je n'étais pas encore prêt à vivre le haut niveau. Quand je suis parti de Font Romeu, Philippe Lucas s'installait à Canet, à une heure de la maison. Encore une opportunité. Un entraîneur comme Philippe Lucas, c'est plaisant, surtout avec un groupe composé de Laure Manaudou, Esther Baron, Pierre Henry, c'était vraiment intéressant d'y aller. J'y suis resté deux ans. Le niveau de l'entraînement ne m'a pas forcément convenu mais cela m'a apporté beaucoup d'expérience et de maturité. J'ai grandi dans ma tête, appris à nager sur du long, du très long, parce qu'avec Philippe on nage énormément de kilomètres. Cette expérience m'aide aujourd'hui avec Romain à Marseille. La relation avec Romain est très sympa. Il y a toujours le respect entraîneur/entraîné, on parle beaucoup ensemble, on échange, on se dit ce que l'on pense. Il n'existe pas de non-dit entre nous. Il me fait aussi partager son expérience du haut niveau. Moi je suis encore jeune sur ce plan. Il est très à l'écoute des nageurs ce qui est très surprenant». 



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